Valérie Jouve 'Un Etat'

Valérie Jouve 'Un Etat'

Saturday, January 12, 2013Saturday, February 23, 2013


Paris, France

L’œuvre photographique de Valérie Jouve s’est développée autour de deux entités : l’humain et le paysage, et plus généralement la ville et sa périphérie. Chaque image se construit autour de la notion de rencontre entre des corps, qu’ils soient personnes, architectures ou éléments paysages. Ainsi, lorsque Valérie Jouve photographie des personnages, si l’image est le prétexte à la rencontre c’est finalement la rencontre qui devient prétexte à l’image. Alors que la photographie n’est qu’une surface, elle devient le moyen de relayer une certaine forme d’empathie. Valérie Jouve aborde le médium photographique non pas comme un moyen de montrer, mais davantage de faire sentir et de motiver le rapport intuitif du spectateur. Si chaque photographie garde une autonomie propre, c’est dans l’espace que l’œuvre se déploie. À la façon d’une composition musicale, Valérie Jouve envisage l’accrochage de manière à produire du mouvement qui naît de la cohabitation des images entre elles. C’est donc tout naturellement que Valérie Jouve s’est tournée vers l’image mouvement réalisant dès 2003 à Marseille son premier film Grand littoral.

Lors d’un voyage en 2008, Valérie Jouve découvre Israël et les territoires autonomes palestiniens. Fascinée, elle entame un long travail relevant, à travers la photographie et le film, tout ce qui forme son identité, captant ses personnages et saisissant la représentation quotidienne de ses villes les faisant intervenir comme figures emblématiques. Cette nouvelle exposition personnelle à la galerie Xippas est l’occasion de présenter son nouveau film Traversée. Ce film entamé en 2010 est un road-movie croisant 5 des villes palestiniennes (un livre en préparation « Portrait de 6 villes palestiniennes », ensemble de 150 images, sortira chez Actes Sud au printemps 2014) :

« La traversée du territoire est dictée par un trio décalé et improbable, d’une enfant, d’un marionnettiste et de sa marionnette, son double mal identifié (comme élément vecteur de liens). Leur relation est tendre, mais tapageuse. Ces deux personnages ne sont pas les protagonistes du film, mais bien plus les passeurs de ce territoire. Ils remettent en jeu la relation humaine, extraite de la simple lecture du conflit, pour redonner une autre réalité de la vie là-bas. » Valérie Jouve.

Parallèlement, Valérie Jouve présente un ensemble d’images fixes, comme sorties du film. Le regard contemplatif qu’inspirent les paysages de grands formats est sans cesse vitalisé par les images des passants qui plongent le visiteur dans l’effervescence de la ville. À hauteur de regard, les lignes tracent des ponts, les corps se font échos pour former une atmosphère où les images accompagnent littéralement le flux des visiteurs, créant par là même les interactions nécessaires à la rencontre. Les photographies de Valérie Jouve débordent d’elles-mêmes, au-delà de ce qu‘elles représentent elles interrogent sur les affinités du corps par rapport au lieu et sur la manière dont les corps construisent ces lieux. Cette exposition vient affirmer son choix de travailler sur le support film (chambre photographique et 16 mm) comme un corps en soi.

Un livre monographique autour de l’œuvre de Valérie Jouve, intitulé « Résonance », édité par Ute Eskildsen, est paru aux éditions Steidl en 2012 (ISBN : 978-3-86521-625-0).

À l’occasion de cette exposition, Valérie Jouve propose à Raul Colosimo, compositeur multi-instrumentiste, un dialogue avec chacune des images. Il a décidé de travailler sur le thème de la Palestine en « Canone Inverso », l’écriture en miroir parfait : de gauche à droite, de droite à gauche, les deux voix venant ensuite se superposer pour créer l’harmonie. Si une des compositions invitera le public à entrer dans l’exposition, Raul Colosimo viendra surtout performer à la galerie chacune des pièces, proposant au spectateur de participer au son de par sa seule présence et d’interagir avec les images (les dates vous seront communiquées ultérieurement ou sur simple demande). Ses compositions performées seront enregistrées à plusieurs reprises pour garder une liberté d’interprétation afin de créer une œuvre en soi : un livre vinyle. Si Valérie Jouve travaille le corps du film, Raul Colosimo, à cette occasion, vient la soutenir avec le corps de la clarinette basse et le support analogique du vinyle. L’espace de la galerie, par ses qualités acoustiques, prend part à la création de cette œuvre en devenir.