Galerie Sébastien Bertrand

Yarisal & Kublitz 'Prayer Outbox'

Yarisal & Kublitz 'Prayer Outbox'

seeds and promises by yarisal and kublitz

Yarisal and Kublitz

Seeds and Promises, 2013

Price on Request

choosing my religion by yarisal and kublitz

Yarisal and Kublitz

Choosing My Religion, 2013

Price on Request

i'm with the band by yarisal and kublitz

Yarisal and Kublitz

I'm With the Band, 2013

Price on Request

here's looking at you kid by yarisal and kublitz

Yarisal and Kublitz

Here's Looking at You Kid, 2013

Price on Request

the 3rd ei by yarisal and kublitz

Yarisal and Kublitz

The 3rd Ei, 2013

Price on Request

homegrown by yarisal and kublitz

Yarisal and Kublitz

Homegrown, 2013

Price on Request

Friday, November 29, 2013Saturday, February 8, 2014


Geneva, Switzerland

Yarisal & Kublitz 'Prayer Outbox'
29 novembre – 08 février, 2014

Nous avons le plaisir de présenter la troisième exposition monographique du duo helvético-danois.
Prayer Outbox est de cette veine énigmatique et pleine d’humour, emblématique du travail des deux artistes. En même temps familières et étranges, les sculptures de cette exposition explorent les liens entre la croyance et l’objet, s’interrogeant sur ce qui insuffle une valeur ou un pouvoir transcendantal à la matière.
La première pièce est intitulée Here’s Looking at You Kid. Une forme ovale est soutenue par deux mains en position de mudr ã, coulées dans le béton et délicatement équilibrées sur un support en laiton. A l’intérieur de l’ovale, une coquille d’oeuf abrite ce qui semble être un simple bonbon M&M. Cet arrangement déclenche toutes sortes d’associations d’idées – on ne sait par où commencer. Qui regarde qui, déjà…? Nous voilà face à un drôle d’oeil en sucre. L’imagerie de « l’oeil qui voit tout » remonte à la mythologie égyptienne et la notion du troisième oeil est présente dans diverses religions et croyances ésotériques à travers les âges. Dans la mouvance New Age, le troisième oeil perçoit la dimension métaphysique des objets ; et c’est par la méditation que l’on voit grâce à lui en son for intérieur. Le duo d’artistes semble ainsi nous inviter à déployer nos antennes spirituelles – à moins qu’ils ne nous signalent la présence d’une surveillance inquiétante, immatérielle.
La pièce suivante, Choosing My Religion, invite à faire tourner une pièce de monnaie située dans le trou, légèrement évasé, d’un CD, lui-même encastré dans un large cercle en laiton reposant sur une petite pyramide de béton. Nous voilà de nouveau devant un oeil, complet cette fois-ci, avec sa pupille et sa rétine. Séduisante et attractive, la lumière reflétée sur la surface du CD semble projeter des arcs-en-ciel ; on se dit qu’il y a là une invitation, peut-être un choix. Mais aussi l’évocation d’un piège – quoi qu’il en soit, l’attirance est réelle. Jamais l’Éveil n’est apparu aussi hasardeux.
I’m With the Band semble être une traditionnelle défense d’éléphant sculptée. À y regarder de plus près, le motif révèle des centaines de petites dents, quelques-unes en or. La sculpture de l’ivoire est un art millénaire, à l’origine de tant d’objets religieux. Katja Kublitz a dit de cette pièce qu’elle est une « relique rock », contenant les vestiges d’un groupe méconnu. Depuis les débuts du Christianisme, les reliques constituent une voie pour se rapprocher des saints, donc de Dieu. Peu importe qu’elles aient souvent l’air sordide, antique et poussiéreux, ou que les rock-stars aient terriblement vieilli. Cet étrange souvenir renvoie au pouvoir transcendantal que la musique exerce sur nous. Le titre I’m With the Band fait écho à notre besoin d’appartenance et de filiation, fondateur de notre identité et que seule la spiritualité saurait dépasser.
Derrière l’angle que fait la galerie nous attend un grand arc-en-ciel irisé, fait de plus de 500 CD. En face, sur un piédestal, trône The 3rd Ei : sculpture évoquant un reliquaire médiéval, composée d’un coquetier, de deux décapsuleurs à oeuf et d’un coupe-oeuf, le tout formant une croix que magnifie la brillance du laiton. The 3rd Ei est flanqué de part et d’autre par cette autre pièce, Seed and Promises – deux troncs de palmier, en béton, du caoutchouc rose suintant jusque dans les moitiés de noix de coco fixées sur les côtés. Seed and Promises illustre l’extraction naturelle du caoutchouc ; on jurerait pourtant qu’une sorte d’insémination a lieu sous nos yeux. Ces objets sont notoirement phalliques et soulignent le symbolisme de la fertilité, comme, manifestement, la récurrente référence aux oeufs. En allemand, ‘Ei’ signifie oeuf, mais se prononce comme l’anglais ‘eye’ (l’oeil) ou comme la première personne du singulier ‘I’. Sans même parler des connotations spirituelles liées au troisième oeil rencontré auparavant, cet ensemble évoque le tripartisme du moi dans la construction psycho-dynamique de Freud, où le Moi tente d’être médiateur entre le Ça, gouverné par le désir, et la réalité. La religion et la spiritualité offriraient la rédemption, ou pour le moins une échappatoire au piège sémantique du conflit éternel ; mais tout porte le spectateur à croire qu’elles recèlent leurs propres pièges, tout prêts à se refermer sur chacun de nous.
En mêlant traditions religieuses ou symboles New Age à des objets quotidiens ou des références à la culture populaire, la frontière entre le sacré et le profane s’estompe. Au-delà des dichotomies qui se reflètent en cascade jusqu’à l’essence matérielle de ces objets, toutes les pièces de cette Boîte à prières sont comme en suspens ; d’une intensité compacte, parfois minimaliste, elles semblent jouir d’une autonomie quelque peu déroutante. C’est comme si elles s’activaient sans relâche à générer du sens, même sans spectateurs, même après la fermeture de la galerie.
On s’interroge, on s’inquiète presque de leur rôle – ces drôles d’appareils, machines à capter l’intangible… Ronnie Yarisal est né à Genève en 1981 et Katja Kublitz est née à Copenhague en 1978. Le duo vit et travaille à Berlin et New York.