Galerie Jeanne-Bucher / Jaeger Bucher

Rui Moreira : La Nuit

Rui Moreira : La Nuit

the holy family ii by rui moreira

Rui Moreira

The Holy Family II, 2014

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telepath i by rui moreira

Rui Moreira

Telepath I, 2013

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l'air du matin i (d'après ligeti) by rui moreira

Rui Moreira

L'Air du Matin I (d'après Ligeti), 2012

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Invitation

Tuesday, May 20, 2014Saturday, July 19, 2014
Opening Reception: Saturday, May 17, 2014, 4 p.m. (EST)

5-7 rue de Saintonge
Paris, 75003 France

Rui Moreira : La Nuit

20 mai - 19 juillet 2014

Vernissage le samedi 17 mai
de 16h à 19h

La Galerie Jaeger Bucher est heureuse d’annoncer la nouvelle exposition personnelle de Rui Moreira, intitulée La Nuit, qui se tiendra du 20 mai au 19 juillet 2014 et dont le vernissage aura lieu le samedi 17 mai de 16h à 19h. Cette exposition, inscrite dans une trilogie d’expositions débutée en 2010 par Inner Monsoon à la galerie, sera l’occasion de présenter les dessins de l’artiste réalisés durant ces deux dernières années.

Dessiner de l'intérieur

Le travail de Rui Moreira est fondé sur ses voyages dont il choisit avec soin la destination. De l’inde au désert du Sud marocain, en passant par différentes régions de son Portugal natal, il mène un travail intense d’observation et d’investigation. Ce travail de terrain est un aspect essentiel de son travail car pour lui « l’expérience intérieure intense donne plus de profondeur au dessin ». Au cours de ses explorations, l’artiste cherche à ressentir les changements physiques et psychologiques inhérents aux territoires qu’il visite – la chaleur écrasante du désert, la lumière crue du soleil, les températures glacées dans les montagnes à la source du Gange, l’humidité extrême de la jungle amazonienne, la solitude et le silence quasi absolus … Dessinant alors de façon ininterrompue à ses retours de voyages, l’artiste s’efforce de vivre le cycle naturel de chaque espace, de l’aurore au coucher du soleil, afin d’en ressentir toutes les nuances. Ce ressenti intense du temps est au coeur de la structure des dessins de Rui Moreira qui deviennent alors de véritables paysages intérieurs, des états d’esprits saisis. Ses dessins se nourrissent d’influences diverses et multiples : des outils de navigation telles que les images de Google Earth ; des références cinématographiques à Tarkovski, Hitchcock, Herzog, Syberberg ou Kubrick ; ou musicales avec Bach et Stockhausen, voire des musiques traditionnelles tant indiennes, japonaises, portugaises qu’arabes ; ou encore des références artistiques marquantes telles une fresque de Piero della Francesca ou un poème d’Herberto Helder.

De retour dans son studio, Rui Moreira s’efforce de recréer des conditions, sans cesse renouvelées, propices à la création, à l’image de ce qu’il a vécu lors de ses voyages. Changeant de lieu, de matériaux, modifiant la lumière, Rui Moreira reconstruit une atmosphère nomade, aussi bien physique que psychologique. En effet, les oeuvres naissent de la répétition d’une action simple : l’artiste remplit patiemment, longuement, inlassablement chaque contour jusqu’à l’épuisement du corps soumis à des conditions excessives d’immobilité et de gravité tel une intense méditation de mémoire. Le but est de perdre tout repère jusqu’à fonder une expérience visible plus profonde. De cette technique presque rituelle et chargée d’une très forte tension, jaillissent des dessins qui foisonnent de détails inspirés des voyages de l’artiste. Rui Moreira excelle dans la finesse et la richesse de son trait. Il mêle des motifs décoratifs, géométriques, abstraits à des figures évoquant des personnages mythiques ou des divinités. A l’image de ces divinités bienveillantes, les dessins de Rui Moreira sont habités par une nouvelle forme de vie et de beauté annonciatrice d’un nouvel état d’être à la Terre.

Au coeur de la nuit

La toute nouvelle série de dessins de Rui Moreira présentée dans l’exposition La Nuit est fortement inspirée du film éponyme de Hans-Jürgen Syberberg réalisé en 1985 qui a eu un effet profond sur l’artiste. Dans la tradition des nuits nocturnes, des hymnes à la nuit, des textes, figures et images de Platon, Novalis, Hölderlin, Nietzsche, Goethe, Wagner, Shakespeare, Beckett, Céline ou Chief Seattle, ce film est un monologue de 6 heures avec l’unique actrice Edith Clever qui, dans une salle totalement noire, récite des discours emblématiques universels de ces grands auteurs européens, à l’image d’une flamme scintillant dans la nuit. Le film est tel un poème, une ascèse totale où le jeu de lumière sur Edith Clever est éblouissant. Le discours énoncé dans le film par le Grand Chef Indien Seattle au moment de l’achat des terres de sa tribu par les colons anglais a particulièrement marqué Rui Moreira : dans son discours, ce grand chef indien annonce les jours sombres qui attendent l’homme blanc si celui-ci s’éloigne de la Terre : « c’est finir de vivre et se mettre à survivre ». Il relate à la fois les malheurs qui vont s’abattre sur les hommes et le remède à cette catastrophe annoncée : le retour à la Terre **. Cette réduction extrême à l’essentiel du Noir et du Blanc qui contraste avec un monde publicitaire ultra coloré et scintillant, provoque en nous une méditation profonde, et nous amène progressivement vers l’ascèse d’un monde intérieur, au-delà des choses, où les formes s’épousent pour se compléter, sans limite définies, à l’image des dessins de Rui Moreira.

Ces nouveaux dessins font écho aux multiples crises que vit le monde contemporain. Loin de se résigner, l’artiste choisit de se renouveler de l’intérieur par cette méditation dessinée, couvrant l’intégralité de la feuille de papier ; émergeant d’une ascèse de travail jour et nuit inégalée, ces dessins incarnent un Espoir, tels des aurores semées au sein de notre Nuit. Telle une expérience chamanique, cette accumulation de formes et de détails au sein de l’oeuvre, nous entrainent à faire corps avec celle-ci. Le trait devient infiniment minutieux tout autant que le détail au coeur du dessin et un simple changement d’orientation du trait offre une variation de lumière époustouflante produite par ces moirés infinis de couleurs.

** L’extrait du film de Hans-Jürgen Syberberg présentant le discours du Grand Chef Seattle sera projeté à la galerie tout au long de l’exposition.




May 20 - July 19, 2014

Opening on Saturday the 17th of May
from 4pm to 7pm

The Gallery is pleased to announce a new exhibition of Rui Moreira from May 20 to July 19, 2014. The opening is Saturday May 17 from 4pm to 7pm. The exhibition, entitled La Nuit (The Night), is part of a trilogy of exhibitions that began in 2010 with the artist’s first solo show at the gallery entitled Inner Monsoon. It is the opportunity to present the artists’ drawings created over the last two years.

Drawing from within

Rui Moreira’s work draws inspiration from his travels, and the destinations are chosen with great care. From India to the South Moroccan desert and through different regions of his native country Portugal, he carries out an intense work of observation and investigation. This fieldwork is an essential part of his work. He speaks of: “intense inner experience that gives more depth to drawing”. During his journeys of exploration, the artist experiences both physical and psychological changes inherent in the territories he visits: overwhelming heat of the desert, blinding light of the sun, freezing temperatures in the mountains where the Ganges spring, extreme humidity of the Amazonian jungle, solitude and almost absolute silence … Continuously absorbing both physical and visual information for his drawings and diaries. Upon returning from his travels he endeavours to experience the natural cycle of each space, from dawn to dusk. This intense feeling of Time is at the heart of Rui Moreira’s’ drawings. Thus, they truly become inner landscapes, captured states of mind. Besides this fundamental physical aspect his drawings are nourished by a wide variety of stimuli, such as Google Earth, films by directors such as Tarkovsky, Hitchcock, Herzog, Syberberg or Kubrick, and music, from composers such as Bach, Stockhausen and Ligeti, to influences from traditional Indian, Japanese, Portuguese and Arabic music. His work is also influenced by significant historical works as Piero della Francesca’s frescoes or Herberto Helder’s poetry among others.

Back in his studio, in order to nurture his artistic vision, Rui Moreira strives to create conditions similar in intensity to his travels. Changing places and materials, modifying the light, Rui Moreira recreates a nomadic atmospheric tension, physically and psychologically. Indeed, his works result from repeating a simple action: the artist patiently, at length and tirelessly fills the entire space of his drawings until his body is exhausted from excessive conditions of immobility and gravity. This intense state of meditation aims to loose all points of reference creating a deeper visual experience. Drawings that are rich in details and inspired from the artist’s travels emerge from this intense ritual practice. Rui Moreira excels in the delicacy and richness of his precision, which mixes decorative, geometric and abstract patterns with figures evoking mythical characters or divinities. As these divinities, Rui Moreira’s’ drawings are inhabited by a new form of life and beauty revealing new possibilities.

Deep in the night

The new series of drawings presented in the exhibition La Nuit (The Night) is strongly inspired from the 1985 eponymous movie by Hans-Jürgen Syberberg that profoundly impacted the artist. Following on from the tradition of hymns for the night, texts, figures and images from Plato, Novalis, Höderlin, Nietzsche, Goethe, Wagner, Shakespeare, Beckett, Céline and Chief Seattle, the 6-hour monologue movie in which the sole actress Edith Clever, in a dark room, recites emblematic universal text that glistens like a flame in the night. This movie is a poem, a total asceticism with dazzling lighting on Edith Clever. The speech pronounced by the Grand Indian Chief Seattle, when British colonials offered to buy the territories from his tribe, had particular impact on Rui Moreira. In his speech, the Grand Indian Chief announces the dark days white men would face if they divert from Nature: “It is ceasing to live and starting to survive”. He evokes both the misfortunes men will have to face and the remedy for this catastrophe: the return to Nature **. This extreme reduction to the essential of Black and White contrasts with the world of advertising with its multitude of colours, provoking a profound meditative consciousness and progressively leading us to an inner world where forms flow together to complete each other, without boundaries.

These new drawings echo the multiple crises contemporary world is facing. Far from resigning, the artist chooses to renew himself from within by covering the entire paper with complex forms drawn from intense states of being. Suddenly arising from an unequalled ascetic work, day and night, his drawings represent Hope, like Dawns spreading into our Night. Like a shamanic experience, this accumulation of forms and details at the heart of the work is absorbing. Both lines and details of the drawing become infinitely meticulous. A mere change of line orientation is enough to alter the reflection of light through an infinite shimmering of colours.

** The extract of Hans-Jürgen Syberberg’s film presenting the discourse by Grand Chief Seattle will be screened at the gallery during the show.