Galerie Jeanne-Bucher / Jaeger Bucher

Paul Rebeyrolle '10 oeuvres majeures' (Jeanne Bucher)

Paul Rebeyrolle '10 oeuvres majeures' (Jeanne Bucher)

Friday, October 1, 2010Saturday, November 13, 2010


Paris, France

Paul Rebeyrolle '10 oeuvres majeures'
1 octobre - 13 novembre 2010

Deux expositions Rebeyrolle, dans le vaste volume de nos stands à la FIAC au Grand Palais, avaient offert au public une présentation magistrale de deux importants cycles de travaux de l'artiste.

En 1999, nous présentions les tableaux du Monétarisme, avec un catalogue préfacé par Jean-Louis Prat. De nombreux amateurs s'étaient laissés séduire par la qualité et la nouveauté de ces travaux thématiques, toujours et avant tout traités essentiellement en peintre et non en illustrateur ou en donneur de leçon - avec toujours de l'humour et presque de l'autodérision pour son attachement paysan à la nature.

En 2001, nous avions rassemblé à la FIAC une vingtaine d'œuvres présentées par Jean-Baptiste Para sous le titre Les nourritures terrestres. L'exposition se doublait d'un ensemble réuni rue de Seine dans les locaux de la galerie. Ces tableaux évoquaient pour la plupart l'émotion ressentie par Rebeyrolle au cours d'un voyage à Madagascar, sa joie de partager le quotidien d'une population encore riche de ses traditions et de sa précarité. L'odeur puissante des échoppes d'Antananarivo attisa sa gourmandise d'une vie naturelle élémentaire. En parallèle, l'énergie émanant de paysages et d'arbres sauvages enrichissait sa peinture d'une véhémence de structure et de matière saisissante.

Des textes importants consacrés à Paul Rebeyrolle et à ses travaux ont depuis longtemps offert une approche sensible de cette œuvre en constante métamorphose. Les signatures prestigieuses de Jean-Paul Sartre ou de Michel Foucault ont, dès 1970 et 1973, alerté l'opinion sur la réflexion philosophique qui nourrit cette peinture sans la dominer. Rebeyrolle apprend de sa peinture une vraie relation avec la vie.

Sa curiosité, sa boulimie d'expérimenter la réalité que propose la matière, ou plutôt les matières qui mobilisent son présent, l'entraînent dans tous les débordements en surface et en épaisseur que son instinct lui impose, sans jamais perdre l'unité de composition et de gestion de la lumière picturale : bref, un style efficace, sans élégance, marqué par un tempérament de violeur de conscience. Il affirme avec un lyrisme brutal ses positions esthétiques, morales, sensuelles ou politiques sans céder aux facilités de l'imagerie de circonstance ou aux astuces d'éclairagiste des pseudos artistes. Son goût de l'aventure l'entraîne à mettre la peinture traditionnelle qu'il aime au défi d'intégrer les matériaux sauvages dont il a besoin pour densifier son message.

Exemplaire dans la capacité de maîtriser la pluralité des moyens pour obtenir la force d'impact qui correspond à son tempérament, il nous propose l'épreuve d'un rude éveil à des réalités évidentes, coruscantes dans leur écriture contrapontique, pour nous réapprendre la fureur de vivre.

Centrée autour du monumental Chien blanc somptueux dans la richesse de son récital de formes, d'images, de tonalités, qui s'écoute autant avec les yeux, le cœur et l'esprit dans sa densité magique, notre exposition propose le dialogue majeur avec le complexe paysage de La barrière, grandiose et puissante célébration de la nature dans son état brut.

Il se poursuit avec des compositions autour de corps, humains ou animaux, d'une sensualité souveraine soulignée par des matériaux barbares – sans trouver d'apaisement dans le taquinage de La grande truite. Et la sculpture Le sanglier trône au centre de ces débats vigoureux, concentré dans son destin de fauve mal adapté à un destin de vedette.