Galerie Elizabeth Royer

Rossella Bellusci : LUCE SOLA

Rossella Bellusci : LUCE SOLA

bagliori c by rossella bellusci

Rossella Bellusci

Bagliori C, 2013

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lumière frontale by rossella bellusci

Rossella Bellusci

Lumière frontale, 2010

Price on Request

Tuesday, June 3, 2014Wednesday, July 2, 2014

5 place du Palais Bourbon
Paris, 75007 France

Rossella Bellusci : LUCE SOLA

du 03 juin au 02 juillet 2014, du lundi au vendredi de 10h à 18h et le samedi sur rdv.

Galerie Elizabeth Royer, Paris.

Photographe, Rossella Bellusci travaille depuis le début des années quatre-vingt autour de l’expression photographique de la lumière : la lumière comme matériau. Les œuvres exposées témoignent de l’évolution de cette démarche radicale et sensible, où le sujet à la fois disparaît et se révèle dans la saturation lumineuse. Ses œuvres ont rejoint les collections du MoMA, du Musée national d’art moderne à Paris, de la Maison européenne de la photographie à Paris, de la Galleria Nazionale d’Arte Moderna à Rome.

Rossella Belluci :

« La lumière éclaire notre quotidien, mais nous n’avons pas conscience de son pouvoir. J’ai voulu l’isoler et la traiter pour ce qu’elle est : une force vive qui bouleverse plus que notre perception, notre connaissance des choses. (…) Avant de réaliser les Autoportraits, je travaille en 1978-1979 dans une agence de presse milanaise, Tam-Tam, qui existe encore, en m’intéressant aux minorités. À cette occasion j’ai mesuré le pouvoir de l’appareil photographique et la violence de mon comportement. L’appareil exerce une fascination sur moi. Il est l’objet qui s’interpose entre mon regard et la réalité, il m’en tient à distance, me protège. Cela me donne un sentiment de puissance : je peux tout approcher sans en être atteinte. Mais il est devenu un appendice, un bras vorace, implacable et extrêmement intrusif. Les Indiens des réserves ne voulaient pas être photographiés et moi, comme une prédatrice, je guettais leur moment d’inattention pour agir. J’arrête le reportage. De retour à Milan, je m’enferme chez moi avec l’appareil pendant quinze jours. Je le braque contre moi-même, en me mettant dans les conditions que je faisais subir aux autres. Mais c’est aussi un règlement de comptes avec lui. (…)

« Avec les Lignes-portraits de 1990 j’ai pris la photographie au mot, en m’en tenant à son étymologie : écrire avec la lumière. La lumière devient la seule protagoniste jusqu’à l’éblouissement. (…) L’œil se perd en cherchant quelque chose avant de percevoir, dans la blancheur du support, le signe lumineux. Cela semblait à beaucoup une provocation. Dans Sdoppiamento (2005), la tache lumineuse de cette première série de Lumières frontales se dilate, elle entoure le personnage et y pénètre. La lumière se mélange à sa structure, le personnage fluctue dans l’espace : c’est un objet privé d’épaisseur, un objet aléatoire. Dans Fluorescenze, le spectateur est surpris par la mobilité du personnage : il bouge, me dit-on. Non, c’est la rétine qui provoque ce mouvement, dérangée qu’elle est par la qualité propre à la lumière, qui existe matériellement dans les images.

« (….) Ce qu’ont en commun les quatre nouvelles séries, où je pars de la ligne pour arriver à la masse, c’est que la forme faite de lumière semble vouloir sortir du cadre. La lumière, contrainte, réagit en se projetant vers l’extérieur.

« (…) La lumière n’est pas seulement un instrument qui modifie ma vision, mais un matériau en soi, que je traite en tant que tel. Un matériau fluide, qui se répand dans l’espace, qui semble insaisissable, et que je m’efforce de maîtriser en le concentrant pour le rendre visible. Et cela sans recourir à un sujet interposé. Ce n’est pas en faisant du blanc que l’on fait de la lumière. Le blanc n’est pas de la lumière. Ce qui m’intéresse, c’est de rendre le caractère intrinsèque d’un matériau qui n’a pas de consistance mais qui par sa force perturbe la rétine. C’est chaque fois une difficulté nouvelle : trop de lumière annule toute forme, sa diminution enlève au signe sa qualité lumineuse. Et c’est en dépassant ces difficultés que mon travail progresse. »

Extrait du catalogue de l’exposition. © Galerie Elizabeth Royer.