Galerie Chantal Crousel

Jennifer Allora & Guillermo Calzadilla

Jennifer Allora & Guillermo Calzadilla

Friday, September 13, 2013Wednesday, October 16, 2013

Galerie Chantal Crousel
10, rue Charlot

Paris, France

Joined opening with the Muséum national d’Histoire Naturelle 
on September 13, 2013

From 6 to 8 pm at Chantal Crousel Gallery
From 7 to 9 pm at Muséum national d’Histoire naturelle



As part as Festival d'Automne à Paris



Please scroll down for English Version

La Galerie Chantal Crousel est heureuse de présenter deux nouveaux films de Jennifer Allora & Guillermo Calzadilla, co-produits avec le Festival d’Automne à Paris.

Apotome prend comme point de départ la tentative historique, sur fond de Révolution française, de l’homme tentant de communiquer et créer des nouvelles relations avec des animaux en captivité. Il s’agit ici de deux éléphants, Hans et Parkie (ou Marguerite), arrivés au Musée d’Histoire naturelle à Paris en mars 1798, en tant que trophées de guerre.

Le 29 mai de cette même année, un concert fut donné pour les éléphants au Jardin des Plantes. Cette expérience, organisée par des musiciens (et non des scientifiques), avait pour but d’étudier l’impact de la musique humaine sur des espèces non-humaines.

Les concepts d’homme, de vie et de nature, ainsi que les frontières entre eux, définies par leur rapport à la guerre, la captivité, l’esclavage et d’autres formes de domination et de contrôle social et politique, émergent à cette époque. A cela s’ajoute la question de la musique en tant que possible métalangage inter-espèces, un mode de communication proto-linguistique, non-symbolique et affectif dont la base est biologique et évolutionnaire.

Apotome est construit autour des ossements des deux éléphants, conservés dans la zoothèque du Muséum national d’Histoire naturelle, immense réserve souterraine abritant des milliers de spécimens d’animaux. Au cours d’une recherche parallèle, les artistes ont rencontré Tim Storms, possédant un don vocal hors du commun : il a la voix la plus grave au monde. Elle peut atteindre jusqu’à 8 octaves en dessous du Sol le plus grave au piano (G-7 - 0.189Hz). Ces notes sont si graves que seul les animaux aussi grands que les éléphants sont capable de les entendre. est une expérience d’un autre genre où Tim Storms, avec sa tessiture unique, chante face aux ossements des éléphants des chants du concert de l’époque: 'Iphigénie en Tauride' (1779) par Christoph Willibald Gluck et 'O ma tendre musette' par Pierre Alexandre Monsigny, ou encore l’hymne révolutionnaire 'Ça ira'.

Le titre - Apotome, est un mot de grec archaïque faisant référence à une division arithmétique des sons musicaux par les pythagoriciens. L’intervalle d’un demi-ton dans la gamme pythagoricienne est un peu plus grande que la moitié, mais cette mesure musicale arithmétique est en fait assez précise. Il s’agit d’un excès de sensations humaines. La voix humaine ne peut pas la produire, et l’oreille ne peut la détecter. ēest un reste irrationel ou un résidu, signifiant littéralement 'ce qui est coupé'.

Le film 3 a pour sujet la Vénus de Lespugue, une des sculptures de Vénus du Paléolithique Supérieur les plus connues au monde, réalisée en ivoire de mammouth. De nombreuses hypothèses entourent le paradoxe ou 'l’idéal particulier' de la beauté de la Vénus, dues à ses proportions exagérées qui peuvent être interprétées comme des difformités. Certains théoriciens lient la Vénus à une fertilité exacerbée, à la création de la vie et à la régénération, alors que d’autres associent son rôle symbolique à une religion préhistorique et la considèrent comme une déesse. Certain cherchent en elle des signes d’une représentation 'réaliste' du physique de la population de l’époque. D’autres encore lui attribuent une fonction érotique.

Au cours de leurs recherches dans le domaine de la bio-musicologie, les artistes ont découvert une théorie alternative sur la possible signification des célèbres courbes de la Vénus de Lespugue. Ralph H. Abraham, mathématicien et théoricien du chaos, et William Irwin Thompson, philosophe social, critique et poète, ont suggéré que 'les lignes de la Vénus de Lespugue se rapprochent de près de l’échelle diatonique des Aryens védiques, connue aussi comme le mode dorien des grecs anciens.' Prenant comme point de départ cette théorie nommée 'Canon de Lespugue',Allora & Calzadilla ont réalisé un film qui tente de représenter, en termes visuels et musicaux, un processus de transcription de la figure de la Vénus en musique, utilisant les proportions de la statue comme une gamme musicale. Ils ont demandé au compositeur David Lang d’écrire un solo pour violoncelle à partir de ces règles1. Pour le film, la violoncelliste Maya Beiser joue la composition de David Lang à la Vénus de Lespugue originale. Cette expérience musicale a eu lieu dans l’ancienne réserve de pierre bifaces du Musée de l'Homme2.

Les artistes ont intitulé le film 3 , trouvant un parallèle formel entre les courbes du chiffre arabe et la forme de Vénus. De plus, 3 fait référence à la dimension sacrée ou métaphysique de ce chiffre, considéré par les pythagoriciens comme le principe de toute chose. Enfin, la dernière unité du modèle archétypal triadique, trois, représente l’harmonie – à la fois comme une corrélation musicale et arithmétique. Cependant, comme les anciens l’ont découvert dans leurs efforts pour trouver un système d’ordre absolu et immuable (similaire à celui des Classiques qui, à partir du XVIIème siècle, ont créés des institutions telles que le Musée d’Histoire naturelle), il y avait des sons, et par conséquent des mesures arithmétiques et des réalités qui s’avéraient être non mesurables et irréductibles.

Ensemble, les films de cette exposition, ēet 3, explorent les relations entre les proportions et les disproportions, l’harmonie et le déséquilibre, des relations commensurables et incommensurables.

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1. Au delà de l’argument proposé par Abraham et Thompson, on attribue à Pythagore la découverte du mode dorien. Il fut le premier à reconnaître la nature de ces intervalles harmoniques à travers le son des marteaux battant le fer dans l’atelier d’un forgeron, puis affinant et prouvant sa théorie sur un monocorde. Les artistes ont demandé à David Lang de composer un morceau pour violoncelle, un descendant moderne de cet instrument antique. David Lang expose l’approche de sa composition en ces mots : 'Le morceau est basé sur les proportions ou la gamme de la statue. La statue est divisée en 72 unités, alors j’ai fait de même avec mon morceau, constitué de 72 battements par minutes. Les phrases, ou l’ordre des notes, sont ajoutées proportionnellement à la mesure des intervalles de la Vénus. La composition est divisée en trois sections, avec un coda. Les notes dans la première section créent une sorte de pizzicato dissonant et 'animal', introduisant peu à peu les notes de la gamme, proportionnellement aux intervalles du mode de la Vénus. La deuxième section ajoute des arpèges soulignant des cordes présentes dans le mode de la Vénus. La troisième section est une mélodie soulignant la ligne du mode. Le coda crée une petite boucle à partir des notes de la gamme qui ne s’accordent pas entre elles pour la plupart.'

2. Ces pierres à deux côtés, ou à deux facettes, sont les outils les plus anciens de l’Histoire. Les artistes expliquent le décor unique de leur film: 'C’est une salle remplie de Janus Bifrons préhistoriques, d’ouvertures et de passages, regardant à la fois vers le futur et le passé. La composition de David Lang et la performance singulière de Maya Beiser représentent d’une certaine manière une mesure ambivalente de la distance entre nous et cette humanité passé e.'

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Chantal Crousel Gallery is pleased to present two new films by Allora & Calzadilla, co-produced with the Festival d'Automne à Paris.

Apotomē takes as a starting point, a historic attempt, set against the backdrop of the French Revolution, of man trying to communicate and create new relations with animals held in captivity- in this case two elephants, affectionately named Hans and Parkie (or Marguerite), that arrived at the Museum of Natural History in Paris in March 1798 as spoils of war.

That same year, on May 29th, a concert was performed in the Jardin de Plantes to the elephants. This experiment was organized by musicians (and not scientists), to see if human music might elicit a reaction in non-human forms of life. The very concepts of man, life, & nature and the boundaries between them as defined by relations to war, captivity, slavery, and other forms of social and political domination and control emerged in this period. To this mix is the added question of music, as a possible inter-species metalanguage- a proto-linguistic, nonsymbolic and affective trans-human mode of communication whose basis is biological and evolutionary.

Apotomē is centered on the bone remains of the two elephants, currently in the Zooteque- a vast subterranean storage facility housing thousands of animal specimens. In a parallel research, the artists came across vocalist Tim Storms, a man with extraordinary vocal gifts. He has the world’s deepest voice. It can reach notes as low as G-7 (0.189Hz). That's a remarkable 8 octaves below the lowest G on a piano. So low, in fact, that only animals as large as elephants are able to hear them.

Apotomē is an experiment of another kind, involving Tim Storms singing to the elephant remains in his unique vocal range, songs from that original concert such as: "Iphigénie en Tauride" (1779) by Christoph Willibald Gluck; 'O ma tendre musette' by Pierre Alexandre Monsigny; to the Revolutionary anthem 'Ça ira', among others.

The film is titled Apotomē, an archaic greek word referring to an arithmetical division of musical sound by the Pythagoreans. An interval of a semitone in the Pythagorean scale that is slightly greater than half, this arithmetical musical ratio, doesn’t lack in exactitude, on the contrary, its quite precise. It’s an excess of human sensation. The normal voice cannot produce it, nor can the ear detect it. Apotomē is an irrational remainder or residue, literally meaning 'what’s cut off'.

The film 3 takes as its subject the Venus of Lespugue, one of the world's best known Upper Paleolithic Venus figures, sculpted in mammoth ivory. There are many hypotheses surrounding the Venus’ paradoxical or 'peculiar ideal' of beauty due to her exaggerated proportions that could be read almost as deformities. Some theorists take the Venus to be related to intensified fertility, life creation and regeneration, while others relate her symbolic role to prehistoric religion and propose her as a deity or goddess, still others look for signs of a 'realistic' representation of the physical population, while still others assign an erotic function.

In the artist’s research into the field of biomusicology, they came across yet another speculative hypothesis about the possible 'meaning' of the Venus of Lespugue’s famous curves. Ralph H. Abraham, a mathematician and chaos theorist, and William Irwin Thompson, a social philosopher, critic, and poet, argue that "the linear measurements taken from the Venus of Lespugue closely match the diatonic scale of the Vedic Aryans, also known as the Dorian mode of the ancient greeks.' Taking this theory by Abraham and Thompson which the authors call the 'Canon of Lespugue' as a point of departure, Allora & Calzadilla decided to make a film that attempts to portray, in visual and musical terms, a process of transcription of the Venus figure into music, using the proportions of the statue as a musical scale. They asked composer David Lang, to write a score, based upon these rules for solo cello1. For the film, cellist Maya Beiser performs David’s composition to the original Venus of Lespugue. This musical experiment took place in the ancient bifacial stone storage room of Musée de L'Homme2.

The artists chose to title this film 3, finding a formal parallel in the curves of the Arabic numeral and the Venus figure. Second, 3, refers to metaphysical or sacred dimension of Number understood by the Pythagoreans to be the principle of all things. The last unit of the archetypal triad paradigm, three, represents harmony- both as a musical and arithmetic correlation. However, as the ancients eventually discovered in their efforts to find an absolute, immutable system of order, (and not unlike those of the classicists of 17th century onwards which gave birth to institutions such as Natural History), there were sounds, and hence arithmetic ratios and thus realities that were in-measureable and irreducible.
Taken together the films in this exhibition, Apotomē and 3, explore the relations between proportions & disproportions, harmony & dis-harmony, commensurable & incommensurable relations.

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1. Outside the argument proposed by Abraham and Thompson, Pythagoras is usually attributed to discovering the Dorian mode- having first recognized the nature of these harmonic intervals in the sounds of hammers beating out iron in a brazier’s shop and then later refining and proving his theory on a monochord. The artists asked David Lang to compose a work for cello, a modern descendant of that ancient instrument.

David explains his approach to the composition as follows:

'The piece is based on the proportions or scale of the statue. The statue is divided into 72 units, so that is what I did with mine. The entire piece is 72 beats per minute. Phrases, or order of notes, are added in proportion to the measure of the intervals of the Venus. The composition is divided into three sections, with a coda. The notes in the first section are a kind of rugged 'animal' pizzicato, gradually introducing the notes of the scale, in proportion to the intervals of the 'Venus' mode. The second section adds arpeggios outlining some chords present in the 'Venus' mode. The third section is a tune outlining the line of the mode. The coda makes a little loop out of the notes of the scale that most clash with each other.'

2. These two-sided, or two-faced stones, are the longest-used tools of human history. The artists explain about the unique setting for the film, 'It is a room filled with prehistoric Janus Bifrons, of gateways and passages, looking equally to the future and to the past. David’s composition and Maya’s singular performance in some manner stand as a bivalent measure of the distance between ours and this past humanity.'