Jacques Coulais et Ali Kazma 'Painter'
Vernissage le jeudi 17 mars 2011 à partir de 18h
en présence des artistes
Jacques Coulais (France, 1955) est peintre. Ali Kazma (Turquie, 1971) est vidéaste. Jacques Coulais peint le mouvement, en mouvement. Ali Kazma filme le travail, le travail du corps, le travail du peintre. Painter résulte d’une rencontre entre ces deux artistes, chacun poursuivant son propre chemin artistique. Painter réunit ainsi, en une double exposition, d’une part, les toiles de Jacques Coulais et d’autre part, la dernière vidéo de Ali Kazma dont le travail de Jacques Coulais est le sujet.
Pour Jacques Coulais, « j’ai la chance d’avoir rencontré la peinture. Quand on rencontre la peinture, c’est un événement qui centre le désir. Hasard ou nécessité ? Probablement un hasard bienveillant qui répond à une nécessité : celle du corps. »
Jacques Coulais peint désormais essentiellement au sol, utilisant comme pinceaux les roues de sa chaise roulante. « Travailler au sol change la totalité de mon champ opératoire, cela me met physiquement dans la peinture : la toile est au sol et je traverse cet espace. Abandonner le pinceau, c’est me contraindre aÌ aller vers le gestuel, c’est me libérer aussi. Mes outils alors ? Des outils primitifs, parce que physiquement, ils sont toujours là. Mon fauteuil roulant : mon outil primitif et essentiel ».
« Quand j’ai fait la première trace au sol, je n’avais pas du tout imaginé la manière dont j’allais explorer cet espace ni ce que je pouvais y faire. Quand je jette la peinture au sol et que je la traverse physiquement, je ne suis plus dans le rapport habituel entre l’œil et le support vertical, je suis dans un environnement physique, un lieu, aÌ la fois sur ce lieu et dans ce lieu ». Dans cet environnement physique, Jacques Coulais peint alors le mouvement physique et l’élévation spirituelle, dans un même et seul geste.
Ali Kazma, lui, développe depuis le début des années 2000 une singulière manière de représenter le travail. Le travail comme poétique de l’action, comme lieu où l’homme se fait, se crée lui-même, devient, dans le meilleur des cas, celui qu’il voulait être. Le travail comme phénomène où chacun se réalise à travers sa compétence professionnelle spécifique. Le travail, en somme, comme « métaphore de la vie », comme vie « nue » et créative.
Ali Kazma recourt au genre de l’enregistrement avec une prédilection marquée pour l’attention rapprochée et le regard patient. Il filme seul, sans mise en scène, sans lumière, sans assistant. Il estime nécessaire de s’immerger dans l’intimité des milieux auxquels il s’intéresse, pour en percevoir les fonctionnements spécifiques, pour disparaître derrière sa caméra sans que son regard n’altère le cours des choses.
Dans Painter, titre de sa dernière vidéo inspirée par le travail de Jacques Coulais, présentée pour la première fois dans le cadre de cette exposition, Ali Kazma rend grâce aux capacités créatrices du corps humain. Il réitère l’attention, déjà portée dans Danse Company ou Dancer, au corps qui travaille, vit de ce travail et travaille de cette vie. Stratégie identique d’un regard à la fois « de l’intérieur » et distancié, nécessaire à la création artistique, même travail sur le son - ici surtout celui du travail préparatoire - cadrages similaires revenant sans cesse au corps en travail. Le corps de Jacques Coulais, peintre, n’est pas ici celui d’un homme assis sur un fauteuil roulant électrique, mais un corps totalement intégré dans le processus du travail pictural, de la tête aux pneus.
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