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"J'ai l'impression qu'il y a une histoire d'amour entre la fille de salle et le grand noir qui fait le ménage."
La dimension sensible.
Bili Bidjocka est un peintre. Son espace d'expression de prédilection est celui de la peinture. Mais la peinture n'est
pas une simple technique. Elle ne doit pas renvoyer à une toile accrochée à un mur, à une palette de couleurs,
mais bien plus à un vocabulaire, à une écriture dont les règles relèveraient de l'initiation, c'est-à-dire d'une
expérience déterminante. L'acquis, cher aux existentialistes, renvoie l'inné à l'aube de l'humanité : on est ce que
l'on cherche, et la quête précède l'essence.
Tout au long de sa carrière, Bidjocka s'est lancé dans une exploration
de cet espace infini, en utilisant tous les moyens qui étaient mis à sa disposition : vidéo, installation, acrylique, toile,
huile, architecture, poésie, jusqu'à ce qu'il se trouve au point où cette quête a enfin trouvé un sens. Une harmonie,
une logique. Cette quête n'avait d'autre objet que la quête, c'est-à-dire, la connaissance. Nous ne parlons pas ici
d'une connaissance terrestre, livresque, universitaire, mais d'une connaissance alchimique, quelque chose qui
procède de la magie.
La transsubstantiation est au coeur de ce processus qui voudrait, à l'instar du Christ qui
donna un autre sens à sa chair et à son sang, transformer le métal en or (mais n'est-ce pas là le Graal inavoué ou
assumé de tout artiste ?), percer le secret des choses. Dans ce jeu de miroirs, de faux-semblants et de chausses
trappes, dans ce labyrinthe infini que représentent l'art et la vie, Bidjocka tente de découvrir la formule secrète qui
permettrait d'abandonner la dimension concrète et matérielle pour accéder à la dimension du sensible pur. Pour
cela, il a décidé d'appliquer l'un des préceptes de Boris Vian : « cette histoire est vraie puisque je l'ai inventée d'un
bout à l'autre », auquel il ajoute une pincée de l'écriture borgésienne. Le résultat? Ce sont ces fictions dans
lesquelles il a décidé de nous embarquer, du Cap de Bonne-Espérance à Paris. Ces fictions se présentent sous la
forme d'énigmes, d'équations dont le sens est à révéler. Chercher à les résoudre en dehors de la dimension
sensible serait vain car, ce que nous révèle l'artiste, c'est cette simple évidence : nous détenons en nous toutes les
réponses du monde. À nous de savoir les employer.
Simon Njami
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The sensitive dimension.
Bili Bidjocka is a painter. Painting is his favourite area of expression. But painting is not a simple technique. It should not reflect as a painting hung on a wall or as a range of colours, but much more as a language of words, a form of writing, the rules of which being the initiation, meaning a decisive experience. Established knowledge, dear to existentialists, echoes the innate at the dawn of humanity: we are what we look for, quest preceding essence.
Throughout his career, Bidjocka has embarked upon the exploration of this infinite space, by using all the means available to him; video, installation, acrylic, canvas, oil, architecture, poetry, until reaching the point where this quest finally finds a meaning. A harmony, a logic. This quest has no other aim other than being a quest. In other words, knowledge. We are not dealing here in earthly knowledge or academic knowledge but with alchemy knowledge, something which precedes magic.
Tran substantiality is in the heart of this process which, as in the example of Christ who gave us another meaning to flesh and blood, tries to transform metal to gold – (but isn’t this the unconfessed or assumed Grail of every artist?) to uncover the secret of things. In this game of mirrors, pretence and traps, in this infinite labyrinth representing art and life, Bidjocka tries to discover the secret formula which would allow us to abandon the concrete and material dimension and reach the dimension of pure sentient.
For that purpose, he decided to apply one of Boris Vian’s rules: “this story is true because I invented it throughout”, to which he adds a pinch of the Borgesian style of writing. The result? Fictions that he has decided to embark us upon – from the Cape of Good Hope to Paris. These fictions appear in the shape of enigmas, equations – the meaning of which is to be revealed. Trying to solve them outside the sensitive dimension would be in vain because it is plain to see what the artist if revealing to us: we are in possession of all the answers in the world. It’s up to us to know how to use them.
Simon N’Jami
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